Acrostiches

Un acrostiche (substantif masculin), du grec akrostikhos ("haut, élevé" et stichos, le vers), est un poème fondé sur une figure de style consistant en ce que les initiales de chaque vers, lues verticalement de haut en bas, composent un mot ou une expression se rapportant au sujet du poème. Il existe trois sortes d'acrostiches en réalité. Si l'acrostiche est un type de poème, il repose avant tout sur une opération de transformation graphique donc sur une figure de style . L'acrostiche est parfois employé en  cryptographie : on parle alors de la stéganographie.

Acrostiches célèbres

S'attacher au combat contre un autre soi-même,
Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,
Et rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie
Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,
Une telle vertu n'appartenait qu'à nous ;
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,
Pierre Corneille dans Horace (Acte II, Scène 3)


Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
Iésus régnant qui n’a ni fin ni cesse.
Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,
Laissa les cieux et nous vint secourir,
Offrit à mort sa très chère jeunesse ;
Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foi je veux vivre et mourir.
François Villon dans Le Grand Testament


L'acrostiche a même permis d'émettre une opinion politique sous couvert de patriotisme. Ainsi en est-il du poème de Julien Clément :

A notre chef, le Maréchal Pétain

Maréchal, que ton nom soit gravé dans l’histoire,
Et que, dans tous les temps, on l’entoure de gloire.
Rends à tous ces Français que tu voulus sauver
Du désastre complet qui pouvait arriver,
Et l’amour du Devoir et la noble espérance
Pour que, bientôt, par eux revive notre France.
 
O ! Qu’une légion forte et saine à la fois
Unanime à répondre à l’appel de ta voix
Ranime dans nos rangs cet esprit d’autrefois.
 
Honneur ! Patrie ! Ces mots étaient notre devise.
Ils le seront toujours, mais sans qu’on les divise
Travail ! Famille ! doivent aussi y figurer,
Liant au fier passé notre droit d’espérer
Et nous verrons, demain, la Nation nouvelle
Relever de ces mots notre France immortelle
Julien Clément,  Saint-Etienne, 1er janvier 1941

Heureusement pour lui, le Gouvernement de Vichy, à la lecture de ce document, n’a pas perçu  l'insulte à Hitler et lui a délivré un visa de contrôle.


Dans un style plus coquin, certains auteurs n’ont pas hésité à se lâcher et à utiliser la système de l’acrostiche appliqué cette fois au premier mot de chaque vers et non plus à l’initiale.

Alfred de Musset envoya à George Sand ce poème :

Quand je vous jure, hélas, un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de langage ?
Vous seule possédez mon esprit et mon cœur.

Que ne puis-je goûter enfin ce grand bonheur ?
Je vous aime, ma belle, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers, lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Réponse de Georges Sand :

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit peut être à l'honneur, mais répond à ma flamme.


 



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